Blog
Termine
Thome
Kontakt
Filmografie
Deutsch
English
Français



Cort Métrages

64 La Réconciliation    66 Stella    67 Galaxis    67/68 Jane erschießt John, weil er sie mit Ann betrügt

80 Hast Du Lust mit mir einen Kaffee zu trinken?      84 Zwei Bilder

Long Métrages
68 Detektive    69 Rote Sonne      70 Supergirl      72 Fremde Stadt      74 Made in Germany and USA
75 Tagebuch    77/78 Déscription d'une Ile    80 Berlin Chamissoplatz      82/83 La Main dans l'Ombre
86 Tarot    87 Les Formes de l'Amour    88 Le Philosophe    89 Sept Femmes    91 Le Coup de Foudre
92 Die Sonnengöttin      94 Le Secret      97 Just Married      97 Bébé Tigre attend Tarzan
99 Paradiso, sept Jours avec sept Femmes      00 Venus talking      02 Rouge et Bleu
03 La Femme conduit, l'Homme dort      05 Tu m'as dit que tu m'aimes      05 Signes de Fumée
06 Le Visible et L'Invisible      08 Pink    10 La Chambre rouge     11 Dans le bleu




Info
Affiches
Images
Clips
Critiques
Interviews



Cahiers du Cinéma, No 523   Stephane Bouquet
Les Inrockuptibles, Festival de Berlin   Frédéric Bonnaud
24 images   Gérard Grugeau, Voyage en grande utopie
Le Devoir, Montreal 31.8.98   Martin Bilodeau
ICI, Montreal 22 - 29 avril, 1999 # 15 Denis Côté




Stephane Bouquet
Cahiers du Cinéma
11.9.86
  ...Rudolf Thome est l'un de ceux-là. Son nouveau film, Tigerstreifenbaby wartet auf Tarzan (soit littéralement: Bébé tigre tigré se languit de Tarzan), n'est d'ailleurs de nulle part, puisqu'il se proclame une utopie. Un homme -un homme de chez Thome, c'est-à-dire grand, élégant et sec - arrive dans notre monde depuis le cinquième millénaire où une mystérieuse maldie a décimé les femmes. L'homme du futur vient donc chercher une femme d'aujourd'hui. Coup de chance, il en trouve deux, jolies, élégantes et savantes, à qui le lesbianisme ne fait pas peur. Ils partent vivre ensemble à la campagne. Madame 1 écrit un livre (intitulé "L'Utopie nouvelles"), madame 2 fait merveilleusement la cuisine, monsieur découvre la nature du XXe siècle. Comme toujours chez Thome, le sentiment est d'abord et surtout politique. Une histoire d'amour n'est pas ce qui arrive au cœur, mais ce qui arrive à la cité. S'engager à aimer c'est s'engager à vivre avec l'autre, ou les autres, selon tel ou tel credo. Le couple à trois est d'ailleurs le modèle utopique idéal puisqu'il oblige à dépasser les questions de possession et de compétition (sentimentales donc économiques). Le cinéma de Thome non plus n'est pas dans la compétition. Il ne veut rien prouver, il filme tranquillement et de ce style d'une fluidité exemplaire, sans l'ombre d'un effet (à côté, Rohmer est un cinéaste maniériste) infiniment serein même dans la catastrophe, naît un film détaché et apaisé, qui réussit à recréer formellement les conditions de l'utopie: le calme des émotions et le silence du monde.




Frédéric Bonnaud
Les Inrockuptibles
Festival de Berlin
La seconde vieille connaissance, c'était Rudolf Thome, le régional de l'étape. Maintenant que ses films ont cessé d'être distribués chez nous (et pourquoi, hein?), il faut aller sur ses terres pour prendre de ses nouvelles. A en juger par Tigerstreifenbaby wartet auf Tarzan, il a l'air de se porter comme un charme, faisant toujours les mêmes comédies sentimentales gentiment loufoques, peuplées de jolies femmes compréhensives qui s'ébattent dans une nature édénique. A propos de Thome, un ami américain osait l'hypothèse suivante: il ne fait des films que pour s'entorer de jolies femmes dans de belles maisons à la campagne. Voilà effectivement une excellente raison - la meilleure, en fait - de faire du cinéma. Comment le lui reprocher? Ce serait d'autant plus injuste que Thome n'a jamais fait que présenter ses utopies à un public réduit mais complice, qu'il n'a rien perdu de son sens de la dérision et que sa nonchalance un tantinet hataine fait tout le prix de son cinéma, resté unique en son genre, surtout depuis que Jacques Davila - le Rudolf Thome français - nous a quittés un triste jour de 91. Tigerstreifenbaby wartet auf Tarzan a le charme de la persistance, c'est le film d'un homme qui s'obstine à voir le monde comme il le rêve.



VOYAGE EN GRANDE UTOPIE

Gérard Grugeau
24 images
On s'ennuyait ferme de Rudolf Thome, de la douce ironie de ses contes philosopiques sur l'Allemagne contemporaine qui réussissent à entremêler subtilement le général et le particulier dans les recs de la fiction (Coup de foudre), de la finesse de ses métaphores chargées de mythologie où les hommes et les déesses (Le philosophe) se croisent le temps de quelque voyage en grande utopie. Coiffé de son titre énigmatique (une ligne d'un poème qui aurait déclenché le desir de fiction), Tigerstreifenbaby wartet auf Tarzan (littéralement "Bébé Tigre tigré se languit de Tarzan") ne marque pas à cet égard de réelle rupture avec la trilogie des "Visages de l'amour", les trois précédents films de Thome, même si le récit prend cettes fois ouvertement la science-fiction comme point de départ. Propulsé sur notre planète depuis un futur improbable où la gent féminine a disparu et où les hommes sont devenus immortels, Frank Mackay recherche sur Terre une femme d'aujourd'hui pour la ramener dans son univers. Il en trouvera finalement deux sur son chemin (Luise et Laura) et, avant de repartir dans l'espace, il réalisera avec elles le vieux rêve de l'harmonie universelle dans la "maison de l'utopie", dont les piliers semblent soutenir le monde. Seule Luise survivra, avec l'enfant de ce "Tarzan" blond venu d'ailleurs, sorte d'Apollon chargé d'or qui propage autour de lui l'esprit de concorde, tout en se languissant de son humanité perdue (lire mortalité), comme les anges dans Les ailes du désir de Wim Wenders.

Le réalisateur du Microscope continue donc de filmer au présent, sur le mode de la fable moderne, des utopies amoureuses vécues en petite communauté, qui semblent ici renvoyer métaphoriquement à l'état des lieux d'un pays à naître, aux prises avec ses propres incertitudes. Luise parle à Frank du malaise qui traverse l'Allemagne. Au même instant, un homme - russe - est abattu sous leurs yeux. En une séquence, Thome dit tout de "la fin" du communisme et des désillusions de la réunification. La fiction consacre une fois de plus le repli sur la sphère privée (même si l'idée même de couple est indissociable du politique et de l'économique), lieu ultime de la mise à l'épreuve des utopies communautaires, voire de quelques mythes apolliniens et dionysiaques. Entre les deux femmes (les deux Allemagne réconciliés?), un demi-dieu réalise provisoirement l'équilibre et l'harmonie des désirs par le développement de la conscience... même si sous la surface lisse de l'embellissement du monde, du paradis réinventé, l'horreur (déchainement des forces subconscientes?)guettes toujours: voir les séquences du serpent gobant la souris, ou le carnage final orchestré par le mari jaloux. Fiction d'Allemagne(s) donc vue à travers le regard incisif d'un "ethnologue amoureux" porteur d'une morale sans obligation ni sanction, qui radiographie le quotidien et parvient à l'apaiser en élevant le réel au rang de mythe. La grande force du cinéma de Thome est de l'ordre de l'alchimie. À partir de récits à la fois extravagants et faussement simples (voir les détours de la narration), d'un plaisir contagieux de l'écriture et d'un réel attachement aux acteurs, le cinéaste réussit en fait à transmuer le réel en une sorte de songe éveillé qui confère au mythe son existence esthétique. Fluidité lénifiante du montage, travail sur les couleurs (vives, acidulées), beauté lumineuse des corps, ivresse apaisante de l'amour, ludisme des situations: tout l'art de Thome est là, dans cette capacité singulière de recréer le monde et de nous amener sur le terrain du bonheur, tout en jouant constamment du décalage de l'ironie pour installer une sorte de distance critique par rapport au réel et au destin de ses personnages. Le temps d'abolir le temps, le monde se remet alors à rêver son avenir... Et le cinéma de courir après son innocence perdue, nous gratifiant au passage de ses images pacifiantes qui nous font aujourd'hui si cruellement défaut.




Martin Bilodeau
Le Devoir, Montreal
31.8.98
Cette comédie de l'Allemand Rudolf Thome s'avère une des grandes surprises de la section Cinéma d'aujourd'hui. Le cinéaste, une des figures de proue du cinéma allemand en train de renaître de ses cendres, raconte ici l'histoire délirante d'un homme venu du futur, sorte d'ange blond à la Terence Stamp habillé comme un professeur de philo des années cinquante, venu chercher une romncière pour l'emmener avec lui dans son futur où les femmes sont mortes et où les hommes sont immoetels. Une aventure abracadabrante avec des lingots d'or l'oblige à se cacher dans une maison de campagne avec la romancière et une amie, qui amorcent un idyllique ménage à trois.
Coline Serreau ne renierait certes pas cette comédie sur le bonheur, la liberté morale et l'immortalité qui, malgré un scénario qui ne s'encombre parfois de nuances, lance quelques mots d'encouragement à tous ces chasseurs d'étoiles que nous sommes. Un film plus profond, dramatique et terre-à-terre qu'il n'en a l'air. Ça fait du bien quand même.


T H O M E, V O L E U R D ' I N T I M I T É
Rare sont les cinéastes contemporains qui peuvent se vanter de constance. Le réalisateur allemand Rudolf Thome garde le phare au pays de la sérenité et de l’alchimie des sentiments

Denis Côté
ICI, Montreal
22 - 29 avril, 1999
# 15
Les Découvertes allemandes se poursuivent à l’Institut Goethe. Les cinéphiles ne manqueront pas l’occasion de savourer les deux dernières oeuvres de Rudolf Thome tournées coup sur coup en 1997, “Just Married” et “Bébé tigre tigré se languit de Tarzan”.
Rétablissons les faits. Le 28 février 1962 à Oberhausen, 26 jeunes cinéastes fulminent contre le marasme dans lequel s’enlise le cinema allmand. Exaspérés de n’avoir que des grand-pères comme modèles, ils créent le desormais célèbre Manifest d’Oberhausen et revendiquent de nouvelles libertés sur le plan de la production de leur films. Dans la foulée de la Nouvelle Vague française, les idées s’entrechoquent et les formes explosent. Quelque part dans le lot, Rudolf Thome attend sa chance. Que reste-t-il de ces jeunes révolutionaires aujourd’hui? Fassbinder s’est auto-detruit, Herzog se cache à l’opéra, Alexander Kluge fait de la télévision, Volker Schlöndorf flirte avec les américains et Wenders n’a plus d’ombre. 35 ans plus tard et 18 long-métrages à son actif, Rudolf Thome est pétant de créativité et veille sur cet héritage moribond.
Les distributeurs nord-américains n’ont pratiquement jamais fait de cadeau à Thome. Seuls les habitués de festivals ont pu suivre le parcours de ce créateurs singulier et attachant. Dès le début, comme plusieurs de ses semblables, Thome s’influence de Godard et un peu des films policier. Puis, se développera une signature qui ne quittera plus avec des films comme “Berlin Chamissoplatz” (1980) et l’intrigant “La main dans l’ombre” (1983).
Le réalisateur parle beaucoup d’amour sans jamais oublier le contexte social dans lequel on le fait naître ou mourir. Le rythme de ses films est lent mais toujours empreint d’une fluidité désarmante.
On a souvent fait la comparaison avec Eric Rohmer en parlant de naïveté dans l’approche ou du caractère sans apprêt de la mise en scène. Thome se sert de ces mêmes éléments comme bouclier pour éviter la duperie apparente de ses sujets. Ses deux derniers films témoignent de cet approche intimiste et lucide. “Just Married” raconte tout en nuances les hauts et les bas d’un jeune couple au lendemain de sa lune de miel an Italie. L’histoire de la fougueuse Frangipani et de Friedrich démontre une écriture sagace qui donne aux émotions un demi-jour suspect en les incluant dans une progression d’un équilibre irréprochable. En 80 minutes, Thome concocte un film à son image, pénétrant et incontournable.
La palme du titre revient au mysterieux “Bébé tigre tigré se languit de Tarzan”. Le film n’en est point moins débridé. Frank Mackay, spécimen d’un futur lointain où les femmes ont supposément disparu (!), brave les époques et revient sur terre le temps de se réfugier avec deux femmes dans une maison recluse. Sorte de fable sur l’immortalité et sur le charactère évanescent des sentiments, Thome philosophe sur l’humanité avec comme prétexte cet homme-enfant (Herbert Fritsch, insaisissable) à la recherche d’une innocence perdue. À force de multiplier les métaphores, on décroche quelque peu de cet éden désincarné où les images savoureuses côtoient des états amoureux vagues. La finale fait sourire.
Rudolf Thome est sans équivoque un cinéaste majeur et different. Quand la marginalité rejoint la cohérence et la constance, il faut s’empresser de rendre hommage. Vite une rétrospective...ici